André Rohmer devant une tombe militaire

André Rohmer, mémoire de La Ferté et de la Résistance

Il y a quelques jours, André Rohmer nous quittait. À 95 ans, il était l’un des doyens de La Ferté-Imbault et un dépositaire de la mémoire du village.

Dépositaire mais également acteur de cette histoire fertoise car depuis les années 1920 il a connu beaucoup de bouleversements au village, notamment la Seconde guerre mondiale au cours de laquelle il fut résistant.

PETITE BIOGRAPHIE

André Rohmer est né en 1924 à La Ferté-Imbault. Il est le cadet d’une fratrie de 3 enfants. Ses parents sont tous deux alsaciens et venus à la Ferté pour travailler au service de Camille et Alice Bouglé, propriétaires du château. Son père est chauffeur, sa mère femme de ménage.

André Rohmer est trop jeune pour se souvenir de l’aménagement des trottoirs et de l’électrification du bourg qu’il a pourtant connu dans les années 20, à peu près au même moment où ses parents ouvraient le 1er garage automobile du village, rue Nationale.

Il est davantage marqué par son éducation : son entrée à l’école en 1929, l’autorité de l’abbé, son instituteur Gaston Percheron (qui donnera son nom à une des écoles du village), ses cours à Romorantin en 1935, le certificat d’études obtenu en 1936 puis sa formation pour devenir mécanicien.

La vie de la famille va être chamboulée par la guerre en 1939. Après un exode de quelques mois en Aveyron, celle-ci revient à la Ferté-Imbault pour ne pas laisser à l’abandon maison et garage.

Elle se retrouve ainsi confrontée à une Occupation pesante, à la méfiance des soldats qui ont fait du château leur kommandantur et également à la prison

C’en est trop pour André et son frère Bernard qui s’engagent tous deux dans la Résistance et rejoignent le maquis vers 1943. Au cours d’une des actions, Bernard est tué. C’est donc seul qu’André Rhomer s’engage dans l’armée, après la Libération, pour continuer la lutte contre l’Allemagne nazie.

Démobilisé en 1946, il retourne à La Ferté-Imbault qu’il quitte deux ans plus tard.

S’ensuit une longue carrière dans le sud de la France en tant qu’installateur de gaz, chauffagiste, pisciniste, entrepreneur jusqu’en 1988. À la retraite, il commence à faire des séjours réguliers dans son village natal pour remettre en état la maison familiale.

Il finit par s’y installer définitivement en 2000.

LA RÉSISTANCE

Si beaucoup de personnes connaissaient M. Rohmer, ce n’était pas uniquement pour son caractère bien trempé ou sa passion de la danse qu’il pratiquait tous les dimanches à Romorantin-Lanthenay.

André Rohmer était surtout célèbre pour avoir été résistant puis militaire pendant la Seconde guerre mondiale.

Adolescent au début du conflit, il n’a pas encore 18 ans quand il est enfermé à la maison d’arrêt de Blois pour un problème avec l’autorité allemande. Au cours d’une inspection, cette dernière avait trouvé dans le garage familial des décorations, remisées après un défilé, qu’elle avait confondues avec des symboles communistes.

Cette erreur qui lui vaut 5 semaines d’emprisonnement (son père écope d’une peine de 6 semaines) le décide en partie à rejoindre la Résistance, ce qu’il fait en 1943.

Il est alors agent de liaison à Nouan-le-Fuzelier mais participe également à plusieurs autres opérations dont la réception de colis parachutés par les Alliés.

Au printemps 1944, 3 mois avant le Débarquement, il rencontre les membres des services britanniques qui veulent organiser les réseaux de résistants. Le maquis du Grand-Clou ou maquis de Souesmes est né.

André Rohmer participe aux actions de communication et d’approvisionnement en armes gérées par le maquis.

Il y prend part jusqu’au 17 juin 1944, date de la bataille de Souesmes au cours de laquelle une embuscade allemande détruit le réseau. Suite à cette attaque, la Wehrmacht fait arrêter plusieurs personnes en lien avec le maquis, certaines sont déportées, d’autres exécutées. Au total 18 résistants sont morts, dont Bernard, son frère.

Malgré ce drame, le jeune militaire n’arrête pas le combat. Dès septembre 1944, il s’engage dans l’armée française et part au front en Allemagne.

Son seul regret à propos de cette époque est de ne pas avoir obtenu de médaille militaire. Longtemps après, en 2017, il confiait aux journalistes de la NR :

Quand je vais aux cérémonies à Salbris, ils ont tellement de médailles, qu’ils savent même plus où les mettre et nous, anciens maquisards, on n’a rien. On peut quand même nous donner un bout de médaille. Surtout que je suis le dernier des maquisards de Souesmes.

LA MÉMOIRE

Avec l’association Les Lanturelus, nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer plusieurs fois M. Rohmer et d’échanger avec lui sur son parcours et sur ses souvenirs.

Conscient de l’importance de perpétuer la mémoire de ces faits historiques, il nous avait permis de numériser un certain nombre d’archives personnelles rappelant le maquis et la guerre. Il nous avait aussi parlé de La Ferté-Imbault qu’il connaissait, des commerçants, des figures connues, du mariage de Madeleine Sologne et de bien d’autres choses encore…

La plupart de ces témoignages, de ces ressentis, de ces explications est heureusement sauvegardée : M. Rohmer avait en effet commencé la rédaction de son autobiographie.

La chaîne de la mémoire n’a pas été brisée.


Sources : témoignages recueillis par l’association, autobiographie de M. Rohmer
Illustration d’en tête : André Rohmer devant la tombe d’une des fondatrices du maquis de Souesmes, article de Ouest-France disponible sur : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/muriel-lespionne-britannique-enterree-pornic-4344066
Illustration d’article : commémoration de la bataille de Souesmes en présence d’André Rohmer, 17 juin 2019.

 

 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « André Rohmer, mémoire de La Ferté et de la Résistance »

  1. Merci les Lanturelus d’avoir publié l’histoire de cet habitant fertois et aussi de sauvegarder ses archives si importantes pour l’histoire de votre village!

    Vous communiquez peu … faute de temps, j’imagine.
    Mais toujours très bien!

    Christina Nordin, Romorantin

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