JEP 20268 septembre 2026Cette année les Journées Européennes du Patrimoine auront lieu le week-end des 19 et 20 septembre. Comme chaque édition depuis 12 ans, Les Lanturelus ouvriront la chapelle Saint-Taurin au public.
Ces visites guidées, organisées par notre association, sont l’occasion de (re)découvrir un patrimoine bâti exceptionnel mais toujours fragile et menacé.
Au travers d’un commentaire à jour, sourcé et documenté – et jamais rébarbatif – c’est plus de 1000 ans de l’histoire fertoise et régionale qui vous seront partagées. Au-delà du caractère évidemment religieux de l’édifice, vous découvrirez qu’on ne peut évoquer la chapelle sans la lier aux industries, urbanismes ou culture solognotes.
En plus de cette découverte, notre association tiendra également un point d’information (dans la sacristie ou en extérieur selon la météo) pour échanger sur l’histoire locale, la recherche, la généalogie… Nous proposerons aussi quelques ouvrages et cartes postales à la vente.
Nous attendons donc les curieuses et les curieux pour ce week-end « historique » à la Ferté-Imbault !
Adresse : Place du Maréchal d’Estampes (parking du Pêcheur), 41300 La Ferté-Imbault
Tarifs : gratuit
Horaires : 19-20 septembre 2026 – 9-12h et 14-18h
Durée : de quelques minutes à autant que vous voulez (les guides s’adaptent)
[...]
120 ans de la séparation de l’Église et de l’État – 1ere partie12 décembre 2025En 2015 le pape François, dans un contexte de divergences entre le Vatican et la France dira de cette dernière :
« On dit que la France est la fille aînée de l’Église mais c’est une fille bien infidèle ».
Ce propos illustre bien les rapports complexes qu’a entretenu notre pays avec le monde catholique.
Révolution & Concordat
Au 18ème siècle déjà les courants philosophiques puis la Révolution marquaient les débuts de la laïcisation en France, qui à son terme, aboutira à la loi du 9 décembre 1905.
Le 12 juillet 1790 l’Assemblée nationale constituante réorganisait le culte, catholique, avec un décret qui divisa le clergé en deux blocs adverses, le clergé jureur qui se soumettait à cette nouvelle organisation, et le clergé réfractaire qui la refusait absolument.
Dans un souci d’apaisement (et pour servir ses ambitions personnelles), Napoléon Bonaparte met en place le Concordat1 en 1802 (traité signé en 1801). Celui-ci remet à plat les relations entre la religion catholique et l’État, tout en reconnaissant le pluralisme religieux (cultes protestant et israélite).
Suite à cet accord, la religion catholique n’est plus religion d’État. Elle renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution, dont la gestion passe aux Établissements publics des cultes. Ses évêques sont nommés par l’autorité civile qui rémunère aussi les ecclésiastiques.
Les remises en cause
En 1901 les congrégations religieuses (Bénédictins. Carmélites, Cisterciens, Dominicains, Franciscains, Jésuites) sont soumises au droit commun des associations, qui détermine les conditions de leur organisation : « Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les conditions de son fonctionnement »
Une politique nettement anti-cléricale émerge bientôt et certaines communes prennent des arrêtés municipaux, contraires à l’esprit de la loi, qui sont rapidement retoqués.
Entre 1902 et 1905 les députés proposent de mettre fin au Concordat, de supprimer le budget consacré au culte et enfin de séparer totalement l’Église et l’État.
À l’initiative du député républicain Aristide Briant (qui fut également ministre et Président du Conseil), la loi du 9 décembre 1905 met fin au concordat et acte la séparation2.
Les Établissements publics des cultes sont supprimés, les lieux de culte leur appartenant avant 1905 devenant la propriété d’« Associations cultuelles ».
L’Église actant une rupture jugée unilatérale selon elle interdit aux catholiques de s’organiser dans ces associations cultuelles. Ce faisant ses biens deviennent ainsi la propriété des communes, mais uniquement affectés à « l’Église catholique, à titre gratuit, exclusif et perpétuel » (loi du 2 janvier 1907), et leur entretien « autorisé » par la collectivité publique3
Et à la Ferté-Imbault alors ? Suite au prochain article !
1 « La République ne reconnaît, ni ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». Partout en France métropolitaine, sauf en Alsace-Moselle toujours régies par le Concordat à l’heure actuelle.
2 https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/laicite/le-concordat/509178-quest-ce-que-le-concordat/
3 La commune propriétaire ne peut disposer de l’église de sa seule initiative. Alinéa 7 – La commune n’est pas tenue d’entretenir les édifices du culte. Cependant, la sécurité étant de la responsabilité des communes, celle-ci doit faire exécuter les travaux nécessaires à la bonne conservation des édifices : https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/33668
Ministère de la Culture , Guide à l’usage des maires et des affectataires
Arrêté municipal Kremin-Bicêtre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Kremlin-Bicetre_Arrete_Soutane.jpg
Assemblée Nationale : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/histoire-et-patrimoine/troisieme-republique/la-loi-de-separation-des-eglises-et-de-l-etat
Séparation de l’Église et de l’État, caricature par Charles Léandre, journal « Le rire » https://gallica.bnf.fr/conseils/content/loi-de-separation-des-eglises-et-de-letat
Port de la soutane interdit : image Journal « La Calotte » https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/otez-moi-cette-soutane-les-arretes-de-1900 [...]
JEP 2025 et patrimoine menacé6 septembre 2025Le week-end des 20 et 21 septembre 2025 marquera une nouvelle édition des Journées Européennes du Patrimoine. Cette année encore, Les Lanturelus organiseront des visites commentées de la Chapelle Saint-Taurin.
Coté pratique
Les visites auront lieu les 20 et 21 septembre de 9 à 12 heures et de 14 à 18 heures.
Rendez-vous place du Maréchal d’Estampes à La Ferté-Imbault.
L’entrée est bien évidemment gratuite.
Une édition particulière pour la Chapelle et pour la Ferté-Imbault
Cette manifestation ne sera pas uniquement ancrée sur le partage du patrimoine mais également sur sa conservation. Comme nous l’indiquons en titre, certains éléments de la Chapelle Notre-Dame du Rosaire de Saint-Taurin sont aujourd’hui menacés. En effet, plusieurs mobiliers classés dont l’ensemble de la Vierge (XVII et XVIIIe siècles) et la statue de Saint-Taurin (XVIIe siècle, symbole de notre commune) sont attaqués par des insectes xylophages. Les visites des JEP 2025 permettront au public de s’aviser des dégâts, de connaître les risques sur les supports de notre histoire et de discuter des solutions qui pourront être mises en place.
À ce propos, depuis que nous avons repéré les signes d’une possible infestation de vrillettes et alerté les autorités compétentes, nous sommes en relation avec la mairie de La Ferté-Imbault pour suivre l’affaire qui implique désormais des acteurs du département.
Nous vous espérons donc nombreuses et nombreux pour cette édition un peu particulière des Journées Européennes du Patrimoine.
[...]
Prieuré & maisons des chanoines19 mai 2025
On ne peut évoquer le prieuré et les maisons des chanoines sans mentionner la collégiale St Taurin (dans l’île) car leur histoire est intimement liée.
Si on ne peut dater précisément la construction de l’église, certaines sources la considèrent contemporaine d’Humbault le Tortu, supposé fondateur de La Ferté Imbault au Xème siècle. Dès 10321 des documents font état de la présence d’un chapitre collégial dans l’île.
L’église abrite une communauté (qu’on appelle collège) de 8 chanoines séculiers2 propriétaires de toute l’île3, plus étendue à l’époque qu’aujourd’hui. A la tête de cette communauté, le prieur, chef spirituel pour la congrégation et la population du bourg. La liste ci-dessous n’est pas exhaustive, certaines appellations sont équivoques sur le statut de plusieurs clercs :
Tous habitent dans l’île (le prieuré s’y installant vers 1600), autour de l’église, chacun d’entre eux dans une maison particulière. À leurs offices sont attachées des charges, les prébendes10, qui leur assurent des revenus.
Lors des guerres de religion, la collégiale est détruite en 156211, les chanoines tués ou enfuis.
Après celles-ci les chanoines sont rétablis dans l’île St Taurin :
« … habitations fort modestes, composées de deux chambres avec cabinet en appentis, couvertes à tuiles, construites en bois et en torchis, entourées d’un jardin et la façade tournée vers l’église, point central de cette petite chartreuse12 … »
De toutes ces maisons, à part le Prieuré, il ne reste plus trace. Seul demeure le souvenir de leur emplacement16 décrit par l’Abbé Bommer. Après consultation de différentes cartes du cadastre, on peut raisonnablement les situer ainsi :
Malgré la reconstruction de la collégiale par le Maréchal d’Estampes et l’adjonction de la chapelle, le collège de chanoines, comme le village, perd peu à peu de son importance et les chanoines sont de moins en moins nombreux.
Claude Verani de Varenne en sera le dernier prieur, au moment de l’extinction du chapitre le 13 janvier 174213.
En 1790, à la Révolution, le prieuré devient un bien national (patrimoine immobilier et mobilier confisqué au clergé et aux émigrés). D’acheteur en acheteur, il est propriété de M. des Coudrées (propriétaire du château du Chesne) qui en fait don14 à la paroisse en 1863 et devient presbytère.
Le bombardement de Michenon (atelier de chargement de Salbris) en 1944 occasionne de très gros dégâts au prieuré, Augustin Segret (curé du village), mort en 1949 est le dernier ecclésiastique au presbytère.
Malgré plusieurs changements dans son orientation, ce bâtiment du 18ème siècle est aujourd’hui à peu près tel que nous le décrit Bernard Edeine, ethnologue de la Sologne15.
Et après bien des vicissitudes, le prieuré, témoin d’une très longue histoire, reste à l’instar du château et de la chapelle l’un des monuments remarquables de notre village.
1 Guérin Brot Isabelle, A propos de la fondation de la collégiale de la Ferté Imbault , bulletin trimestriel du GRAHS, tome 18, n°2 ; p 68
2 Ecclésiastiques vivant « dans le siècle », c’est à dire au milieu des laïcs.
3 Bommer Jean-Léon, Histoire de la collégiale, châtellenie et baronnie de La Ferté Imbault, Editions association Les Lanturelus, 2013 ; p11
4 Espouy Jean & Gilberte Schaeffer Jean, Chapelle Notre-Dame du rosaire de St Taurin, commune et office de tourisme de La Ferté Imbault, 1997 ; p2
5 Bellevue Xavier (de), Généalogie de la maison Fournier actuellement représentée par les Fournier de Bellevûe, Rennes, Francis Simon (imp), 1909 ; p 37
6 Bellevue Xavier (de), Généalogie de la maison Fournier … op.cit ; p 42
7 Simon Pierre (imp), Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, tome 09, Paris, 1721 ; p 40
8 Epitaphe de Pierre Colas
9 Godard Denys, Histoire de la commune de 1850 à 1900 , disponible sur le site de la commune St Laurent
10 Part de biens prélevée sur les revenus d’une église et attribuée à un clerc pour sa subsistance et en compensation du ministère accompli.
11 Bommer Jean-Léon, Histoire de la collégiale, châtellenie et baronnie de La Ferté Imbault, op.cit ; p 8 Editions association Les Lanturelus, 2013
12 Registre des délibérations du Conseil de fabrique La Ferté Imbault
13 Bommer Jean-Léon, Histoire de la collégiale, châtellenie et baronnie de La Ferté Imbault, op.cit ; p 12 Editions association Les Lanturelus, 2013
14 Registre des délibérations du Conseil de fabrique la Ferté Imbault B 63
15 Edeine Bernard La Sologne, Photo n° 128 tome I
Photo : Prieuré, façade postérieure, base Mérimée © Inventaire général
Maisons des chanoines : Les Lanturelus [...]
« Sans queue- ni tête », le canal de la Sauldre12 mai 2025Sans queue ni tête …
Tel est le surnom, péjoratif, qui affuble cet ouvrage patrimonial encore un peu méconnu du grand public en Sologne : le Canal de la Sauldre. Que nous autres Lanturelus avons parcouru sur de larges tronçons, d’écluse en écluse, de son départ à Blancafort (Cher) à sa toute fin à Lamotte Beuvron (Loir-et-Cher) et que Xavier Gasselin, vidéaste bien connu à La Ferté Imbault a remis à l’honneur, dans toute sa diversité, avec une web-série documentaire « Un canal et plus encore », réalisé en 2024*.
Un projet ancien
Initiée par Léonard de Vinci entre 1516 et 1518, l’ouverture d’une voie d’eau** désenclavant la région ne sera jamais réalisée, François 1er délaissant finalement Romorantin pour Chambord.
Il faut attendre la fin du XVIIIème siècle pour que Lavoisier*** propose de nouveau la création d’un canal pour l’assainissement, l’amendement des terres de Sologne (par des marnes extraites près de Blancafort) et pour favoriser le commerce avec les autres régions.
Suite à la convocation des États Généraux par Louis XVI et la rédaction des cahiers de doléances, Sellois et Fertois **** réitèrent cette demande, avant la Révolution.
« Que le défaut des grandes routes conduisant directement à la rivière de Cher et à celle de la Loire rend l’exportation des denrées que produisent (sic) la Sologne impraticable et force par ce moyen à contourner les choses sur les lieux de manière que le cultivateur et le propriétaire ne tirent aucun avantage de leur production, qu’il serait possible de vivifier cette malheureuse province, soit en entretenant des chemins praticables et conduisant auxdites rivières du Cher et de la Loire ou bien en rendant la grande Sauldre qui traverse la Sologne de l’Est à l’Ouest navigable, projet qu’avait formé François 1er ».
Extrait du cahier de doléances de la paroisse de Selles St Denis, AD41
Un projet qui se concrétise (trop) tard
Les vicissitudes géo-politiques auront de nouveau raison de cette requête et il faudra attendre encore la seconde moitié du XIXème siècle pour que les travaux du futur Canal de la Sauldre voient enfin le jour. Travaux qui ne seront jamais terminés, le canal formant seulement un circuit fermé… La première guerre mondiale, les nouvelles techniques agricoles précipitent prématurément sa fin, le canal n’est plus officiellement navigable en 1926.
Sans queue ni tête peut-être … mais sur un parcours d’environ 47 km, il reste une très jolie balade à faire, à la découverte des écluses et des maisons éclusières, dans une nature préservée.
Seul regret : il est parfois un peu difficile d’accéder à certaines portions du canal, la signalétique faisant défaut !
* A visionner sur : https://www.france.tv/jeux-et-divertissements/un-canal-et-plus-encore/
** Projet de Léonard de Vinci à Romorantin : https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/loir-cher/romorantin/romorantin-leonard-vinci-voulait-construire-ville-nouvelle-quatre-fois-plus-grande-que-chambord-1642452.html
*** Lavoisier, chimiste français : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Lavoisier
**** Les communes n’existant pas en 1789, La Ferté dépendait alors de la paroisse de Selles St Denis.
Tracé du Canal de la Sauldre : Canal de la Sauldre Collection Itinéraires du patrimoine [...]
Ponts et passerelles à La Ferté-Imbault17 octobre 2024On les emprunte tous les jours sans les regarder, on admire leur architecture ou leur prouesse technologique et on se rend compte de leur réelle importance au quotidien quand ils sont parfois fermés à la circulation .
On retrouve les premiers ponts dès la préhistoire.
Qu’ils soient une chaussée de pierres jetées sur un cours d’eau ou suspendu entre deux montagnes, le pont est un ouvrage d’art par excellence. Ces constructions permettent éventuellement d’établir sur les personnes, bêtes et marchandises des « péages » qui deviennent une source importante de revenus.
En 1747 on créera même une école qui leur est dédiée : L’École royale des ponts et chaussées.
À La Ferté
Au Moyen Âge, passerelles ou ponts permettent aux habitants de se déplacer du bourg aux écarts ou dans d’autres villages, tout en favorisant les échanges commerciaux.
Dans l’Île Saint-Taurin, on en compte deux : un sur la Sauldre, un autre sur le Brasseau (ou bras mort) près de l’actuel Prieuré. Ils appartiennent alors aux chanoines qui les entretiennent, les ferment et les ouvrent.
Avec la construction des Grands Moulins, leur gestion passe aussi par seigneur du village, qui la conservera jusqu’à la Révolution **
Les ponts au fil des ans… et de la Sauldre !
Les crues récurrentes de la Sauldre rythment la construction des passerelles ou des ponts, en bois à l’époque. Pas de pierre, bien trop chère !
Ainsi, le 24 décembre 1843 « La Sauldre se mit en crue, les habitants voulant célébrer leurs fêtes de Noël pour venir à l’église *** et établirent des passerelles sur des tréteaux et des échelles et plusieurs des plus hardis tombèrent à l’eau … »
Idem en décembre 1844, puis en février 1846 où « la crue devint telle que les 2 ponts furent emportés ».
On attend les décrues pour pouvoir circuler de nouveau ou on emprunte des passerelles provisoires pour les piétons, les voitures passant à gué.
Constructions et destructions
Le 22 juin 1846, la culée du pont du Prieuré est écroulée, une travée de la passerelle des Grands Moulins emportée.
Il suffit d’une nouvelle crue à l’hiver 1849 pour que les quelques réparations entreprises soient à nouveau défaites. On ne peut suivre les offices religieux ni se faire enterrer au cimetière du village …
En 1850 , on constate : « Les ponts tombent en lambeaux ».
Faute de moyens financiers et malgré les demandes à l’autorité municipale qui est alors à Selles-Saint-Denis, les ponts/passerelles restent délabrés et perturbent le quotidien des Fertois.
En 1852 une demande de restauration du Pont du Prieuré est émise et une lettre au ministère de l’Intérieur envoyée.
La crue du 22 juin 1856 est si l’on peut dire la goutte qui fait déborder le vase. Une nouvelle demande de secours est adressée à la préfecture, au conseil général et une grande souscription est lancée auprès des habitants du village « pour l’établissement d’un pont à voitures » dont le coût est de 7172,24F. Une liste des souscripteurs est établie avec le montant des dons, prestations en nature et matériaux.
Le 15 avril 1858, l’Abbé Bommer, accompagné d’édiles et notables du village, sollicite auprès de Napoléon III, en villégiature dans son château de Lamotte-Beuvron, une aide pour la reconstruction du pont. L’empereur donnera 500F.
Après adjudication, les travaux commencent enfin et le pont n’est finalement délivré qu’à la fin de 1860 : « Le mercredi 30 septembre, fête de St Jérôme, à 2 heures du matin, au son de la cloche, les habitants se réunirent au nombre de plus de 100 hommes munis de seaux, pelles, pioches, finir les fouilles, coulèrent le béton avec un tel entrain qu’à midi toutes les difficultés furent surmontées »
En 1863, une enquête est diligentée pour la suppression du pont du Prieuré. À monsieur Kirby, propriétaire du château qui le jouxte et qui s’en émeut, la préfecture répond : « Payez! »
En 1865, Edward Howarth, propriétaire du château de la Place, demande un pont provisoire au Prieuré pendant la durée de reconstruction : rejeté !
Le 20 mars 1866 : « La crue est passée sur les levées entre le bourg et l’église ».
Les ponts modernes
Adieu passerelles et ponts de bois ! Grâce aux nouvelles technologies et à l’industrialisation naissante La Ferté-Imbault se modernise et le 13 octobre 1886 le village se dote d’un nouveau pont, métallique cette fois.
L’abbé Bommer relate l’événement :
« Construction métallique, premier du genre, qui fut posé dans le Loir et Cher. L’assemblage de toutes les pièces le composant fut fait et boulonné sur les levées : puis, poussé d’ensemble, d’une seule pièce, sur des galets au moyen de crics : 6 hommes ont suffi pour cette opération, qui n’a duré qu’une heure, et émerveillé les nombreux assistants venus des communes environnantes pour être témoin de ce travail d’un nouveau genre. »
Depuis la fin du 19ème siècle, les contraintes techniques et environnementales ont évolué, nos ponts aussi !
Leur gestion, leur construction et leur réparation ne dépendent plus aujourd’hui que des seules ressources territoriales ****. Il reste toutefois un facteur qui lui n’a pas changé : les crues de la Sauldre, qui n’en fait toujours qu’à sa tête !
* Tarr Steps, Parc national d’Exmoor, Somerset,Angleterre (la datation du monument est le sujet d’un débat, la fourchette actuelle s’étend du premier millénaire avant notre ère jusqu’au XVe siècle)
Conseil de fabrique, Journal de l’abbé Bommer
** Abel Nonant de Pierrecourt
*** Eglise collégiale de St Taurin, dans l’Ile
**** Vie publique https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/292901-la-securite-des-ponts-en-six-questions [...]
JEP 202414 septembre 2024Le week-end prochain (21 et 22 septembre) auront lieu les 41e Journées Européennes du Patrimoine. Comme à son habitude, notre Association en profitera pour ouvrir la chapelle Saint-Taurin à la visite.
À l’intérieur de ce modeste bâtiment fertois, vous pourrez (re)découvrir un joli mobilier et un riche décor qui évoqueront près de 1000 ans de l’histoire de La Ferté-Imbault en particulier et de la Sologne en général.
L’entrée est bien évidemment gratuite et nous vous accueillerons le dimanche 22 septembre, de 9 à 12h et de 14 à 18h. [...]
Le recensement, une vieille histoire27 janvier 2024Saviez-vous que le recensement ou plutôt des essais de dénombrement de population existent depuis l’antiquité ?
Ce recensement a pris plusieurs formes au cours des siècles et comme maintenant, son but n’a pas seulement été de compter le nombre d’habitants : il a fait en outre office de statistiques pour lever des impôts, pour optimiser la conscription militaire, etc … et avec la tenue obligatoire des registres paroissiaux en 1539 l’état de la catholicité en France.
Avant la Révolution le recensement se fait par « feux », on ne dénombre ainsi que les foyers (maisons) et on fait un calcul somme toute assez approximatif des habitants qui les composent. En excluant certaines catégories sociales telles que la noblesse ou l’état religieux qui ne sont pas soumis à l’impôt. Pas très précis comme résultat …
Il faudra attendre 1666 pour l’organisation d’un premier recensement nominatif, dans une province bien éloignée de la France métropolitaine : La Nouvelle France (Canada, Acadie et Louisiane).
Les recensements restent souvent locaux, aléatoires et irréguliers dans le temps. Le décret de 1790 organise pour la première fois le dénombrement de la population entière.
Le dénombrement tous les 5 ans est mis en place en 1801, la population recensée à jour fixe en 1846. A partir de 1851 la notion de nationalité et diverses questions concernant l’âge, l’emploi, la situation personnelle et l’adresse font suite.
Depuis 2004, l’organisation au niveau national diffère selon l’importance des communes, de plus ou moins 10 000 habitants.
De nombreuses catégories sont désormais scrutées par les statistiques et donne des informations précises sur les caractéristiques de la population. Il permet à l’État de déterminer les besoins en équipements publics (dossier complet de La Ferté Imbault 2020 *) selon la démographie.
Outre toutes ces informations, il est également précieux pour le généalogiste. Qui complète ainsi ses recherches familiales, historiques, toponymiques du village de ses ancêtres …
Enfin, sachez que le recensement est obligatoire, vous ne pouvez donc vous y soustraire, le refus d’y participer et l’inexactitude des réponses sont passibles d’amende ! **
Recensement, histoire générale : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_recensement_de_la_population_en_France
Recensement Selles Saint Denis 1798 :
Recensement La Ferté Imbault 1861 : 2MILN R97 Archives départementales du Loir-et-Cher
Évolution de la population : Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fert%C3%A9-Imbault
*Insee dossier complet La Ferté Imbault : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=COM-41084
** https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000888573 [...]
Que d’eau, que d’eau !10 novembre 2023Tout un chacun peut le vérifier, après un été particulièrement marqué par une forte et longue sécheresse, ce début d’automne est caractérisé par des grosses pluies et des avis de tempêtes… La question de l’eau a toujours été prégnante dans nos campagnes et c’est notamment pourquoi des fontaines étaient installées pour subvenir en toutes saisons aux besoins des habitants.
La fontaine Bazin
À La Ferté-Imbault, on en compte au moins une : la fontaine Bazin.
Si l’origine de son nom ne nous est pas connue (même si on peut recenser le patronyme Bazin au village), et que les cartes anciennes telles que Cassini, cadastrales ou autres* n’en mentionnent pas l’existence, elle n’en est pas moins familière à certains Fertois – depuis longtemps.
Située sur une minuscule parcelle de terrain communal*, elle se fait très discrète. Seule la construction qui la surmonte peut la faire repérer.
S’il y a donc peu d’informations à ce sujet, sa présence et la composition de son eau n’en sont pas moins attestées par les résultats de son analyse chimique, parus en 1862 dans un mémoire de la Société d’agriculture, d’économie rurale et domestique :
L’auteur de la notice ajoute même que « cette eau est d’excellente qualité. Ne contenant aucun sulfate et beaucoup d’acide carbonique, elle est éminemment propre à la boisson ». Il finit par dire que la qualité de cette eau se rapproche extrêmement de celle de « la Fontaine de la Pelotte » à Selles-Saint-Denis et dont il dit « n’avoir trouvé dans ses recherches une eau aussi parfaite ».
Une richesse à préserver
L’eau est devenue une richesse qu’il nous faut préserver, un véritable enjeu environnemental et politique… La guerre de l’eau est déjà commencée, celle des anciennes sources et de la fontaine Bazin sera-t-elle ?
* À noter, lors de la rédaction de cet article, Les Lanturelus se sont aperçus d’une erreur sur le cadastre : la fontaine Bazin est bien mentionnée mais pas au bon endroit. À son emplacement figure un calvaire qui n’existe pas dans la réalité… [...]
La renoncule de l’Abbé Segret19 mai 2023Si notre village peut s’enorgueillir de noms célèbres, tels ceux du maréchal d’Estampes et de la marquise de la Ferté-Imbault, il n’a pas à rougir de certains de ceux de ses concitoyens, qui ont œuvré longtemps au village et dont la postérité n’a pas toujours gardé le nom !
Il en va ainsi de l’abbé Augustin Louis Segret, chanoine honoraire de Blois, et curé de la Ferté-Imbault, découvreur d’une renoncule qui porte son nom : Ranunculus felixii, Segret 1936
Petite contexte botanique
On ne peut retracer l’itinéraire « botanique » de l’abbé sans évoquer la place qu’a cette science depuis si longtemps. Depuis le moyen-âge, on cultive et on répertorie les plantes destinées à l’alimentation et à la médecine.
Lui-même inspiré du jardin médiéval, le jardin de curé dont on redécouvre aujourd’hui le charme et la simplicité, est un concentré de connaissances botaniques et de techniques de culture. On sort parfois de son presbytère et de son enclos et on se promène en campagne :
« Au XIXe siècle, les sciences naturelles connaissent un âge d’or et la botanique bénéficie alors d’un véritable engouement auprès des médecins, pharmaciens, instituteurs et curés de campagne, qui herborisent à proximité de chez eux. C’est aussi l’époque des voyages naturalistes. Les botanistes échangent entre eux échantillons et observations »1
L’abbé Segret, botaniste émérite
Augustin, né à Vernou-en-Sologne le 27 août 1867, est ordonné prêtre le 23 mai 1891. Il est d’abord vicaire de Cour-Cheverny. Il est desservant à St Loup en 1893. En 1894 il est le curé de Maray puis devient celui de La Ferté en 1923 et ce jusqu’à son décès en 1949.
C’est durant sa première cure à Cour-Cheverny, qu’il se familiarise avec le monde de la botanique.2
En compagnie de personnes aguerries dans cette discipline, il commence à herboriser et cataloguer les plantes de Sologne puis, dès 1903, il est nommé membre de la Société Botanique de France.
Pendant de nombreuses années il parcourt la Sologne et ses talents de botaniste se confirment quand :
« Permettez-moi d’attirer votre attention sur un Ranunculus, sect, Batrachium que j’ai trouvé en 1924 en compagnie de M.A. Félix3 et dont l’hybridité est incontestable. Il est du croisement de hololeucos et du tripartitus. Dans la petite marre ou nous l’avons récolté, on ne rencontre que ces deux dernières espèces, à l’exclusion absolue de tout autre batrachium. »3
Quelle consécration pour un modeste curé de campagne !
En 1928, l’abbé déplore toutefois que la Sologne d’alors :
« ne ressemble plus à celle d’autrefois … Je l’ai montré lors de la session extraordinaire de la société Botanique de France à Romorantin et les environs : cette ville ne doit plus être sa « capitale » comme on disait jadis. Le centre de la Sologne doit être reporté vers Loreux, Millançay, Marcilly-en-Gault et la Ferté Imbault… »5
Parti pris d’un homme de science qui ne conçoit la capitale que sous l’œil averti du botaniste !
La Ferté-Imbault n’est toujours pas capitale …
Membre de la Société Botanique de France, il est nommé Officier d’Académie en janvier 1935 « pour services rendus aux sciences ».
Après une vie bien remplie, au service des hommes et des plantes, l’abbé meurt le 6 décembre 1949 à La Ferté Imbault où il est inhumé.
Sources et notes
1 – Conservatoire botanique national du Bassin parisien, lu sur https://lagrenouillememoire.blogspot.com/2020/01/abbe-lefrou-cure-de-cour-cheverny-et.html
2 – Notamment en s’inspirant de l’abbé Lefrou, éminent botaniste, curé de Cour-Cheverny, voir lien de la note précédente
3 – Instituteur à Vierzon (mais aussi en Tunisie en 1895) puis Surveillant général à l’École Nationale Professionnelle de Vierzon, sous-directeur de l’École nationale professionnelle Vierzon, botaniste : https://www.tela-botanica.org/projets/recensement-des-herbiers-de-france/forum/view-thread/njfnijpkichdcdeikogf/
4 – Bulletin de la Société Botanique de France, LXXII p 782 séance du 25 juillet 1925.
5 – L’abbé L. Segret (1925) Catalogue raisonné des plantes vasculaires
de la Sologne, Bulletin de la Société Botanique de France [...]
Commentaires récents